L’Institut du Québec suggère de miser sur les grandes entreprises pour réindustrialiser la province
Afin d’assurer sa souveraineté économique et de donner un souffle nouveau au secteur manufacturier, la province doit miser davantage sur les grandes entreprises, affirme un nouveau rapport de l’Institut du Québec (IdQ) paru mercredi.
« La géopolitique actuelle nous impose de nous réindustrialiser pour réduire notre dépendance aux États-Unis. Dans ce contexte, on ne peut pas seulement miser sur le soutien aux PME et l’entrepreneuriat. C’est une transformation économique qui requiert beaucoup d’argent, beaucoup de capital physique, et dans laquelle les grandes entreprises ont un grand rôle à jouer », fait valoir Emna Braham, p.-d. g. de l’IdQ.
Pour étayer ce constat, le groupe de réflexion cite le retard de productivité du Québec par rapport à son voisin du Sud. Selon une étude de Statistique Canada, la plus forte présence de PME au pays expliquerait à elle seule 22 % de l’écart de productivité entre le Canada et les États-Unis.
À l’heure actuelle, au Québec, seules 0,7 % des entreprises manufacturières ont plus de 500 employés ; cette proportion est de 1,2 % au sud de la frontière, note l’IdQ.
Or, les grandes entreprises sont plus productives et sont plus à même de répondre aux besoins de grands chantiers gouvernementaux, comme la transition énergétique ou le réinvestissement en défense, avancent les auteurs du rapport. « Dans le manufacturier, la productivité va dépendre davantage d’investissements en capital, dans les bâtiments, les machines, l’équipement, etc. Ce sont des investissements qui sont plus faciles à réaliser pour de grandes entreprises que pour des petites », précise Anthony Migneault, économiste principal de l’IdQ et coauteur de l’étude.
« Si on veut renforcer notre souveraineté économique et produire plus ici, ça requiert vraiment un changement de vision », affirme Emna Braham.
Discours différent
Mme Braham convient que les idées de l’Institut du Québec vont à l’encontre d’un certain discours pro-PME, qui, selon un récent portrait, forment 98 % des entreprises du Québec et fournissent 52,8 % des emplois. « On met le doigt sur une méfiance quant à l’idée d’aider les grandes entreprises, qui sont vues un peu comme des entreprises qui performent déjà face à des PME qu’il faut davantage aider. Mais dans les faits, les deux font partie du même continuum. On a besoin de renforcer la position des grandes entreprises pour soutenir nos PME. »
L’IdQ préconise notamment un développement accru de grappes industrielles, qu’il estime propices au maillage entre petites et grandes entreprises. « Au Québec, les secteurs les plus productifs du secteur manufacturier, comme l’aérospatiale, sont déjà dominés par de très, très grandes entreprises, comme Bombardier ou Pratt & Whitney. Mais ces grandes entreprises, ce sont aussi elles qui tirent vers le haut leurs fournisseurs, souvent des PME. Ça permet à ces petites entreprises d’intégrer des chaînes de valeur mondiale et donc d’accéder à des marchés beaucoup plus grands », explique Emna Braham.
Les auteurs de l’étude recommandent également l’adoption de politiques d’approvisionnement public qui priorisent ces « champions » industriels nationaux. « Il faut vraiment s’assurer que le Canada fasse preuve de plus d’audace pour exiger davantage de contenus locaux dans son approvisionnement public, mais aussi qu’il soit capable de concevoir des projets qui vont miser sur les forces de nos grands joueurs », dit Mme Braham.
Cette « réindustrialisation » nécessitera également des capitaux étrangers, prévient l’Institut du Québec. « Si on veut vraiment accroître la capacité manufacturière, ce n’est pas vrai qu’on pourra le faire uniquement avec l’argent canadien », affirme Mme Braham.
Le Canada affichait en 2025 un déficit net d’investissement direct étranger de 828 milliards de dollars. Pour renverser cette lame de fond et attirer davantage d’investisseurs étrangers, l’IdQ préconise l’amélioration des processus réglementaires et un accès garanti à l’énergie.
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.









